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mercredi 8 avril 2015

EXTRAITS




Acte 1 Scène 1(Daniel, Emilie, Marianne le fantôme)
C'est la nuit. La clarté de la lune passe au travers les vitres des trois fenêtres. On entend une musique assez triste au piano. L’éclairage change lentement comme si des nuages passaient devant la lune.

Une femme, d’une quarantaine d’années entre par la porte latérale à cour et marche lentement sur la scène, regardant la poutre brièvement, touchant la table du bout des doigts.
 
Emilie : Les maisons ont toutes une histoire… Elle va de la plus belle à la plus terrible…Les pièces sont comme les chapitres d’un livre…Ce grenier est à part…comme un passage maudit où les drames se succèdent comme une malédiction.

Elle va à la fenêtre latérale à jardin et regarde l’extérieur, plongée dans ses pensées.

Au bout d’un long moment un homme quinquagénaire, entre par la porte latérale à cour. Il a une corde dans ses mains. Elle a un nœud coulant. Il referme la porte derrière lui.

Tout en s’avançant, l’homme déroule la corde méthodiquement. Puis il prend la chaise et la place sous la poutre.
Il l'observe un bref instant puis monte sur la chaise et sans un mot, le visage fermé, il passe la corde par dessus la poutre.

Il attend.

La porte du mur du fond s'ouvre lentement en grinçant. L'homme et la femme ne réagissent pas.
Un visage fantomatique aux yeux noirs sort de l'ombre et apparaît dans l'encadrement de la porte presque au ras du sol.
 

Le fantôme (chuchotant sinistrement) - J'irai te trouver...

Le visage disparaît dans l'ombre. Ni la femme ni l'homme ne semble pas l’avoir entendu.
La femme reste songeuse toujours à jardin

L’homme passe la corde autour de son cou.

Noir.
 

Acte 1 Scène 2 (Julie, Marc, Emilie)

Lumière du jour.
Le grenier est vide. La chaise est rangée contre le mur du fond entre les deux fenêtres . On entend des pas qui montent des marches. Deux jeunes gens d'une vingtaine d'années apparaissent derrière les fenêtres.
 

Marc (soufflant)- Bon sang, Julie ! Ces escaliers en bois sont à moitié pourris. Pourquoi nous ne sommes pas montés par l’intérieur ?
Julie – Je ne voulais pas que maman nous voie…

Elle continue son chemin et entre par la porte du fond. Le jeune homme la rejoint.

Julie - Nous y sommes...

Le jeune femme prend doucement la main du jeune homme. Ils attendent un instant.
Ils s’avancent lentement jusqu'au milieu de la scène. Le jeune homme lève les yeux et aperçoit la poutre.
 

Marc - C'est là que Daniel s’est...la semaine dernière ...
Julie - (hochant la tête) ...et que Maman l'a trouvée.

Un temps. Il regarde Julie.


Marc - Que crois-tu découvrir en venant ici ? Tu m'as dit que Daniel n'avait pas même laissé une lettre.
Julie - Oui. Et c'est bien ce qui m'ennuie. Toi et papa étiez très proches aussi et pourtant il ne t’a rien dit.
Marc – La seule chose qu’il m’a laissé c’est une partition, il y a à peu près quinze jours. Un morceau original pour trompette et piano….c’est bizarre de penser que c’était comme un cadeau d’adieu…Je crois qu’il aurait voulu qu’on le joue ensemble dans un festival cet été sur la côte. Mais …C’était la dernière fois que je l’ai vu… Julie…c’est difficile…je ne veux pas venir ici…
Julie – Et pour moi, Marc, tu crois que c’est facile ?

Un temps. Marc est gêné. 
Marc – Excuses-moi.
Julie –Je ne sais pas pourquoi il en est arrivé là. Je voudrais trouver un indice. Quelque chose...
Marc - (se tournant vers les draps blancs) Qu'est-ce qu'il y a là-dessous ?
Julie - Des vieilleries dans des malles. Papa et maman ont toujours gardé des vieux trucs du temps où ils faisaient du théâtre ensemble.
Marc - Pourquoi ont-ils arrêtés ?
Julie - Papa a préféré se tourner vers la musique…c’était plus son truc…je crois.
Marc - Tu sais, il y a quelque chose qui m'intrigue. Je connaissais assez bien ton père...et…
Julie - Et...?
Marc - Depuis que l'on se fréquente, je l'ai souvent vu mélancolique, renfermé. Il passait des heures dans son studio d'enregistrement à la cave.
Julie - Oui. Il était très introverti. Maman m’a expliqué qu’il avait ses périodes d’isolement où il composait. J’ai mis du temps à comprendre çà.
Marc – Je crois que ce n’est pas aussi simple. Ce n'était pas une attitude normale de musicien. C'est à peine si on le voyait. Tu apprends le violon au conservatoire, ça devrait te mettre la puce à l’oreille. La musique ne vaut que si elle est partagée.
Julie - Il jouait du piano avec toi sur la côte.
Marc – Oui. A peine deux mois par an. Et le reste du temps rien. Comme s’il fuyait cette maison pour mieux y retourner. Il me faisait parfois à un détenu qu’on avait autorisé à sortir pour un temps limité et qui devait regagner sa cellule le reste de l’année.
Julie - Marc…Où veux-tu en venir exactement...?
Marc - Ta mère est une artiste renommée. En Angleterre du moins. Pourquoi pas ici ? Pourquoi ont-ils arrêté de faire du théâtre ensemble ? Pourquoi Daniel s'est-il tourné vers la musique ?
Julie - Je n’en sais rien. (Un temps) J’ai toujours pensé que l’on me cachait quelque chose dans cette famille. Des regards, des non-dits…Je me suis rassurée pendant longtemps, me disant que c’était des secrets de pacotille…mais je crois que tu as raison, que ce n’est pas aussi simple.
Marc – Si nous jetions un œil à ces malles ? Ca nous éclairerait peut-être.
Julie - Si tu veux.

Marc soulève le drap et dévoile deux vieilles malles. Une grande et une plus petite. Julie s'agenouille et ouvre la plus petite. 

Julie - (après un temps) Des livres et deux vieux albums de photos.
Marc - Voyons cela... (il en prend un au hasard) Celui-ci est daté de 1978 à 1988...

Il l'ouvre après s'être assis sur le sol, Julie s’assoit près de lui.

Marc- Des articles de journaux … (un temps) 22 octobre 1978 "Le comédien Daniel Valbel met en scène sa première pièce"… Il y a une photo de ton père.
Julie - 1978 ? Il avait environ trente ans. Fais-moi voir.
Marc - (lui passant l'album) Il mettait en scène "Des souris et des hommes" de Steinbeck.
Julie - Je n'avais jamais vu cela auparavant…

Julie tourne la page. 

Marc - Il y a d'autres articles.
Julie - Là…10 novembre 1979… « Des souris et des hommes » à guichets fermés depuis trois semaines. Le public ovationne le metteur en scène Daniel Valbel et son épouse."(Après une courte réflexion)...Maman ? Ce n'est pas possible... ils se sont mariés bien plus tard.

Marc ne dit rien et se redresse légèrement. 

Julie - Ca va ?
Marc - Oui…oui… Daniel m’a dit un jour qu’il s’était marié vers la fin des années quatre-vingt. Quasiment dix ans après...
Julie – Apparemment il te parlait plus qu’à moi… (Tournant les pages) il s'était spécialisé dans la littérature américaine...13 juin 1981 « Qui a peur de Virginia Woolf ? » d’Edward Albee séduit mais ne remporte pas l’unanimité »… 12 mai 1983 « le couple Valbel renoue avec le succès grâce à Tennessee Williams et la ménagerie de verre »…
Marc - Mais si ce n'était pas ta mère, Emilie, qui était sa femme à cette époque ?
Julie - Je ne sais pas, ils ne m'ont jamais parlé de tout ça....tiens ici un autre article: 05 septembre 1986 "Les sorcières de Salem en préparation, Daniel Valbel jouera le rôle de John Proctor et Marianne sa femme, celui d'Elizabeth Proctor, le reste de la distribution avance".
Marc - Marianne Valbel...Ca ne me dit rien et toi ?
Julie - Je découvre... comme toi...

La femme aperçut au début de la scène 1 entre à cour et s'arrête sur le pas de la porte. 

Emilie -(Grave et posée) Qu'est-ce que vous faites ici ?

Les deux jeunes gens sursautent.

Marc - (se relevant) Mme Valbel...nous ne vous avions pas entendu arriver.
Emilie - Qu’est-ce que vous faites ?
Marc - Et bien nous...
Julie - Je cherche des réponses.

Le ton de Julie a été sec et cassant. Un temps. Emilie Valbel regarde sa fille puis s'adresse à Marc.

Emilie - Marc, téléphone pour vous…Un ami musicien, à propos d’une table de mixage, je ne sais pas...pensez à ne pas oublier votre portable, la prochaine fois.
Marc - Ah ? Merci, je descends.

Il sort par la porte à cour, assez embarrassé. Emilie Valbel le laisse passer sans un mot. 

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